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Claude Monet

  • Pyramides de Port Coton, mer sauvage
  • La côte sauvage à Belle-ile
  • Les Rochers de Belle-île

Sur les pas de Claude Monet à Belle-île 

En 1886, Claude Monet séjourne à Belle-île pendant 74 jours, du 12 septembre au 25 novembre, il a alors 46 ans. On connaît sa vie quotidienne grâce aux 75 lettres qu'il écrit à sa femme, Alice, et ses amis Renoir, Caillebotte et Durand-Ruel. Il va y peindre près de 39 toiles, parmi les plus belles et célèbres du courant impressioniste.

 

Auto Portrait au béret - 1886 ©Collection Particulière

Auto-portrait au béret (1886) - Collection particulière

Claude Monet, un peintre à l'avant-garde 

Monet est un des fondateurs de l'Impressionnisme, courant pictural né début 1870. Plus qu'une école, l'impressionnisme définit une règle commune : il s'agit non plus tant de rendre compte de la permanence et de la stabilité de la réalité mais bien plutôt d'exprimer la Nature - et notamment ses paysages - dans ce qu'elle a de mouvant, de transitoire.

Techniquement, cette approche se traduit par la fragmentation et la juxtaposition des couleurs primaires et de leurs complémentaires, procédées visant à produits des "vibrations colorées".

En 1886, le mouvement commence à être reconnu : Durand-Ruel cherche, déjà, à en faire sa promotion outre-Atlantique. 

Pourquoi la Bretagne et Belle-île ?

La Bretagne est à la mode chez les peintres impressionnistes : c'est tout à la fois exotique, proche de Paris et pas cher ! À cette époque, l'accès à Belle-île est facilité par l'arrivée du train à l'extrémité de la presqu'île de Quiberon (1882).

L'invention du tube de peintures (1885) et la vente de chevalets (enfin!) pliants permettent aux peintres de se rendre directement sur leurs "motifs". À la recherche de structures nouvelles, des jeux de lumière imprévus, de sujets différents, Monet est peut-être marqué par la lecture de Par les champs et les grèves de Gustave Flaubert (1885), premier "découvreur" de Belle-île.

Sans rien préméditer, Claude Monet se prépare donc à une courte "tournée en Bretagne, la canne à la main". Il envisage de ne rester qu'une quinzaine de jours à Belle-île avant de rejoindre son ami Octave Mirbeau à Noirmoutier. En fait, la Bretagne va se résumer à Belle-île...et Belle-île se réduire à une partie de sa côte sauvage.

"C’est sinistre, diabolique mais superbe et je ne crois pas retrouver pareille chose ailleurs"

Reste qu’à Belle-île, Claude Monet est perturbé par les conditions climatiques qui changent sans cesse...Une véritable tempête le contraint à peindre plusieurs tableaux d'un seul et même site, le conduisant à entamer un travail "en série".

 

Les Aiguilles de Port Coton ©Baptiste Guillaume

 

Une escale de…90 jours !

Au lieu de 15 jours, Claude Monet restera près de 3 mois à Belle-île, produisant pas moins de 39 toiles, parmi les plus célèbres de l’Histoire de l’Art Moderne français.

Il souhaite être logé près de ses fameux motifs et part donc sur la côte sauvage vers Kervilahouen, où il loge à l’auberge Marec. Sa chambre est au 1er étage, à droite, sa fenêtre donne sur l’arrière de la maison, c’est de là qu’il peindra la « pluie ». Il dispose aussi d’un réduit pour entreposer ses toiles. 

«J’ai un mal du diable à dormir, à cause des rats au-dessus de mon lit et d’un cochon qui est au-dessous de ma chambre ! » 

Il y dort donc assez mal, sans chauffage, et ne mange que du homard… « à en être dégouté » ! 

Kervilahouen est un petit village comptant une dizaine de maisons mais avec 3 hôtels, des maisons de pilotes (1) et Le Grand Phare qui est le seul monument autour que l’on peut visiter. 

(1) Pilotes : les pilotes sont des marins aguerris qui font l’admiration de Claude Monet, il repartira d’ailleurs de Belle-île à bord d’un de leurs bateaux. Fin XIXè, une station de pilotes se trouvait à Port Goulphar, à proximité des Aiguilles de Port Coton et de Kervilahouen. 

Sa vie quotidienne à Belle-île.

Il écrit tous les jours à Alice Hoschédé, son modèle et maîtresse, avec laquelle il est en ménage depuis 1876. Il lui donne ses instructions : éducation des enfants et entretien du jardin (ils habitent Giverny depuis 3 ans). En retour, Alice compte sur lui pour peindre beaucoup et faire vivre sa famille (Alice, mariée mais séparée, a six enfants !). Il envoie deux goélands apprivoisés à Giverny et se fait envoyer des cigarettes, des toiles, le service postal fonctionne alors à merveille.

Il fait la connaissance de Peter Russel, un très riche héritier australien marié à Marianna, modèle de Rodin et amie de Van Gogh. Russel l’invite à sa table, très fier de rencontrer « Le Prince des impressionnistes ». Monet ravit de manger autre chose que du homard ironise cependant « Encore un qui ne comprenait rien à ma peinture et qui maintenant est emballé ». 

Outre ces rencontres, il s’implique aussi énormément dans la vie locale :

« Je vais faire ma causette avec le Père Marec et les pilotes ; cela me distraira un peu de mes soucis […] Dans ce modeste débit où je mange, il y aurait des tableaux de figures admirables à faire ».

Cette complicité l’amène aussi à s’inquiéter quand un jour de tempête les marins tardent à rentrer…

«Le pays est bouleversé, on a la plus grande inquiétude quand à deux canots partis à la pêche ce matin alors qu’il faisait beau : ils étaient partis trois et un seul a pu regagner le port. Ce sont les pleurs de toutes les femmes, sœurs, etc…C’est déchirant […] J’ai bien peur d’assister là à un terrible drame »... Il poursuit « comme j’arrivais pour dîner, l’auberge était pleine de monde tout consterné ; deux pères des hommes partis rentraient de leur recherche le long de la côte et annoncaient qu’il n’y avait pas à attendre les hommes (ils sont sombrés, morts). Je vous assure que ça faisait froid et qu’il était difficile de retenir ses larmes. Enfin, tout d’un coup, du bruit, des pas, et les six hommes des deux bateaux entrent […] Eh bien ! Cela a fini par des blagues et des rires, et j’ai pu dîner.. »

Il travaille énormément et ce tous les jours quel que soit le temps.

« J’ai reçu tant de grêle que ce soir la figure et les mains me font encore mal et par moment je craignais que mes toiles ne soient crevées »... ou encore « À Port Domois, les pêcheurs bretons s’étonnent de voir un homme, costumé comme eux, du ciré, des lourdes bottes et du suroît, peindre avec acharnement, pendant les tempêtes, sur des toiles fixées à un chevalet amarré aux rochers avec des cordes. Souvent une rafale arrache palette et brosses du peintre, quoi recommence sans jamais se décourager. C’est Claude Monet qui cherche à rendre les fugaces splendeurs de la tempête ».

"Je sens que chaque jour je la comprends mieux la gueuse....Bref, j'en suis fou !" 
Une escale belliloise qui va durablement marquer son oeuvre

Ce séjour marquera une étape importante dans sa manière d’aborder son travail. Les variations rapides de lumière le conduiront à reprendre le même sujet jusqu’a 6 fois, lui imposant bientôt de procéder par séries. En effet, à partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures et peint le même motif à différentes heures de la journée, à diverses saisons : les Nymphéas de son jardin de Giverny en sont la plus belle illustration. 

Le départ de Belle-île

Le 21 novembre, Claude Monet annonce à Alice qu’il compte quitter Belle-île dans les jours suivants pour se rendre enfin à Noirmoutier où l’attendent les Mirbeau. Il aurait aimé annuler cette visite « pour rester un peu plus ici […] Quel dommage d’être obligé d’aller à Noirmoutier ! ».  

Il repart sur un bateau d’élèves pilotes qui va tous les 2 jours de Belle-île à St-Nazaire. Il ne reviendra jamais à Belle-île. 

Très proche de Claude Monet, Octave Mirbeau écrira plus tard à Rodin : « Je suis allé passé 8 jours avec Monet à Belle-île…Il a fait de très grandes choses : ce sera une force nouvelle de son talent. Un Monet terrible, formidable ». 

Terrible et formidable. Exactement à l’image de Belle-île-en-Mer.

 

Partez sur les traces de Claude Monet sur la côte sauvage

Nous vous proposons un itinéraire sur la Côte sauvage, sur les traces de Claude Monet. En parcourant à votre tour ces lieux emblématiques, découvrez chaque endroit où le peintre a inlassablement posé son chevalet pour nous livrer des tableaux comptant parmi les plus beaux du patrimoine pictural français

 

Sur les pas de Claude Monet sur la côte sauvage

Téléchargez et imprimez nos 3 itinéraires pour partir sur les traces de Claude Monet. Les circuits de 2 à 12km (40 minutes à 3 heures) vous permettront d'apprécier toute la beauté de la côte sauvage telle que Claude Monet l'a peinte. 

 

 

Et pour aller plus loin, découvrez comment ce peintre a dompté la côte sauvage avec ses pinceaux à travers trois lieux emblématiques devenus trois tableaux mythiques : Port-Coton, la plage des Curés et Port Goulphar.

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