Histoire, Belle île en mer, île de Bretagne, Bretagne sud, au large du Golfe du MorbihanLors de son escale de 3 mois sur l’Île, Monet a peint 39 tableaux !
©Lors de son escale de 3 mois sur l’Île, Monet a peint 39 tableaux ! |Karine Piquet
CLAUDE MONET

Un maître impressionniste

à Belle-île-en-Mer

En 1886, Claude Monet séjourne à Belle-île pendant 74 jours, du 12 septembre au 25 novembre. Il a alors 46 ans. On connaît sa vie quotidienne grâce aux 75 lettres qu’il écrit à sa femme, Alice, et ses amis Renoir, Caillebotte et Durand-Ruel. Découvrez les coulisses de son séjour à Belle-île, sur la côte sauvage, où il a immortalisé les Aiguilles de Port Coton.

Claude Monet (1840-1926)

À l’origine d’un mouvement pictural majeur

Monet est un des fondateurs de l’Impressionnisme, courant pictural né début 1870. Plus qu’une école, l’impressionnisme définit une règle commune : il s’agit non plus tant de rendre compte de la permanence et de la stabilité de la réalité mais bien plutôt d’exprimer la Nature (et notamment ses paysages) dans ce qu’elle a de mouvant, de transitoire.

Techniquement, cette approche se traduit par la fragmentation et la juxtaposition des couleurs primaires et de leurs complémentaires, ce procédé vise à produire des « vibrations colorées ».

En 1886, c’est la séparation progressive du groupe dit des « impressionnismes ». Il commence à être reconnu : Durand-Ruel cherche, déjà, à en faire sa promotion outre-Atlantique.

Escapade bretonne

Belle-île, terre de prédilection

En cette année 1886, la Bretagne est à la mode chez les peintres impressionnistes : c’est tout à la fois exotique, proche de Paris et pas cher ! Les peintres commencent à se déplacer « sur le motif », grâce à l’invention du tube de peinture (1885) et la vente de chevalets (enfin!) pliants. À la recherche de structures nouvelles, d’imprévus jeux de lumière, de sujets différents, Monet est peut-être marqué par la lecture de « Par les champs et les grèves » de Gustave Flaubert (1885), premier touriste insulaire !

Sans rien préméditer donc, Claude Monet se prépare à une courte « tournée en Bretagne, la canne à la main ». Il envisage de ne rester qu’une quinzaine de jours à Belle-île avant de rejoindre son ami Octave Mirbeau à Noirmoutier. En fait, la Bretagne va se résumer à Belle-île…et Belle-île se réduire à une partie de sa côte sauvage !

La vie quotidienne à Belle-île

du "Prince des impressionnistes"

En ce début du mois de septembre 1886, il arrive à Le Palais mais n’y voit rien d’intéressant pour lui. Il souhaite être logé près de ses motifs et part donc vers Kervilahouen. A cette époque, c’est un petit village comptant une dizaine de maisons mais avec 3 hôtels, des maisons de pilotes et Le Grand Phare, qui est le seul monument autour que l’on peut visiter. Il loge à l’auberge Marec.

Sa chambre est au 1er étage, à droite, sa fenêtre donne sur l’arrière de la maison, c’est de là qu’il peindra la « pluie ». Il dispose aussi d’un réduit pour entreposer ses toiles.

Il y dort assez mal, sans chauffage, et ne mange que du homard… « à en être dégouté » !

Il écrit tous les jours à Alice Hoschédé, son modèle et maîtresse, avec laquelle il est en ménage depuis 1876. Il lui donne ses instructions : éducation des enfants et entretien du jardin (ils habitent Giverny depuis 3 ans).  En retour, Alice compte sur lui pour peindre beaucoup et faire vivre sa famille (Alice, mariée mais séparée, a six enfants !).

Il fait la connaissance de Peter Russel, un très riche héritier australien marié à Marianna, modèle de Rodin et amie de Van Gogh. Russel l’invite à sa table, très fier de rencontrer « Le Prince des impressionnistes ». Monet ravi de manger autre chose que du homard ironise cependant :

« Encore un qui ne comprenait rien à ma peinture et qui maintenant est emballé ».

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J’ai un mal du diable à dormir, à cause des rats au-dessus de mon lit et d’un cochon qui est au-dessous de ma chambre !

Claude Monet

Outre ces rencontres, il  s’implique aussi énormément dans la vie locale :

« Je vais faire ma causette avec le Père Marec et les pilotes ; cela me distraira un peu de mes soucis (…). Dans ce modeste débit où je mange, il y aurait des tableaux de figures admirables à faire ».

Cette complicité l’amène aussi à s’inquiéter quand un jour de tempête les marins tardent à rentrer…

« le pays est bouleversé, on a la plus grand inquiétude quand à deux  canots partis à la pêche ce matin alors qu’il faisait beau : ils étaient partis trois et un seul a pu regagner le port. Ce sont les pleurs de toutes les femmes, sœurs, etc…C’est déchirant […] J’ai bien peur d’assister là à un terrible drame ». Il poursuit « comme j’arrivais pour dîner, l’auberge était pleine de monde tout consterné ; 2 pères des hommes partis rentraient de leur recherche le long de la côte et annonçaient qu’il n’y avait pas à attendre les hommes (ils sont sombrés, morts). Je vous assure que ça faisait froid et qu’il était difficile de retenir ses larmes. Enfin, tout d’un coup, du bruit, des pas, et les six hommes des deux bateaux entrent […] Eh bien ! Cela a fini par des blagues et des rires, et j’ai pu dîner.. »

Il travaille énormément et ce tous les jours quel que soit le temps.

« J’ai reçu tant de grêle que ce soir la figure et les mains me font encore mal et par moment je craignais que mes toiles ne soient crevées ».

À Port Domois, les pêcheurs bretons s’étonnent de voir un homme, costumé comme eux, en ciré, équipé de lourdes bottes, acharné à peindre, malgré les rafales de vents et parfois même les tempêtes !

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Je sens que chaque jour je la comprends mieux, la gueuse…Bref, j’en suis fou.

Claude Monet

Départ de Belle-île

Les Aiguilles de Port Coton entrent dans l'Histoire

Le 21 novembre, Claude Monet annonce à Alice qu’il compte quitter Belle-île dans les jours suivants pour se rendre enfin à Noirmoutier où l’attendent les Mirbeau. Il aurait aimé annuler cette visite

« pour rester un peu plus ici […] Quel dommage d’être obligé d’aller à Noirmoutier ! »

Il repart sur un bateau d’élèves pilotes qui va tous les 2 jours à St-Nazaire. Il ne reviendra jamais à Belle-île.

Très proche de Claude Monet, Octave Mirbeau écrira plus tard à Rodin :

« Je suis allé passer 8 jours avec Monet à Belle-île…Il a fait de très grandes choses : ce sera une force nouvelle de son talent. Un Monet terrible, formidable ».

Terrible et formidable, exactement à l’image de Belle-île-en-Mer.

Les Aiguilles de Port Coton

en 3 tableaux

Un peintre qui tente de dompter la Côte sauvage avec ses pinceaux…Découvrez les 3 grandes toiles de Claude Monet qui ont immortalisées à jamais les Aiguilles de Port Coton !