Les Aiguilles de Port Coton au coucher de soleilPort Coton est l'un des meilleurs sites pour observer le soleil couchant
©Port Coton est l'un des meilleurs sites pour observer le soleil couchant|Fabien Giordano, Bellimages

3 tableaux qui racontent Monet à Belle‑île

En 1886, lors de son séjour à Belle-île, du 12 septembre au 25 novembre, Claude Monet va réaliser pas moins de 39 toiles. Certaines ont marqué l’Histoire de l’Art et figurent parmi les plus belles du courant impressionniste !

Tableau

Port-Coton

Le début des séries

À l’auberge Marec, où il réside, on conseille à Monet de visiter le Grand Phare et la grotte de l’Étoile. Il y part à pied, seul. Il trouve à Port Coton un lieu intéressant à peindre, qui lui fait immédiatement penser aux estampes japonaises, très en vogue à l’époque (Van Gogh en était fou) et aux aiguilles d’Étretat, dont il revient.

Il travaille sur le rocher et la mer avec très peu de ciel afin d’exprimer toute la force voire la sauvagerie des paysages. Il choisit différents cadrages, cherche à peindre la structure de la roche, comme une sculpture, ce qui est nouveau pour lui.

« Au matin, le temps était superbe, mais vers 9h, les nuages viennent, puis du vent et la terrible pluie ».

Il se voit donc « contraint » de travailler en séries, car le temps et la lumière changent très souvent. Belle-île lui impose cette nouvelle méthode qu’il adoptera par la suite pour ses autres sujets comme les cathédrales ou les meules de foin.

« Pour peindre vraiment la mer, il faut la voir tous les jours, à toute heure et au même endroit pour en connaître la vie à cet endroit-là ; aussi, je refais les mêmes motifs jusqu’à 4 et 6 fois même… »

Monet est véritablement « l’inventeur » du site touristique de Port Coton. À son arrivée, il n’y a ni route, ni Manoir, le paysage est plat et dégagé. Il n’y a que le Grand Phare et le Sémaphore du Talut…qu’il fait d’ailleurs disparaitre de ses toiles !

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Plage des Curés

Peindre le ressenti : un sacerdoce

Peu importe la réalité, Claude Monet veut peindre le ressenti, c’est-à-dire « ce qu’il se passe entre le motif et son œil ». Il va mettre en pratique la juxtaposition des couleurs : il applique du vert et du rouge et l’œil fera le mélange du couleur pour y faire apparaitre du marron. Il utilise également le contraste pour illustrer la violence des tempêtes ou le pastel avec disparition du motif par temps calme.

Quelle que soit sa technique, Claude Monet cherche à peindre l’instant, le temps qui surgit, l’éphémère.

Or, le vent, la tempête « énerve » le peintre…et il y a de quoi ! Saisi par des moments de découragement, il détruit alors ses toiles. Heureusement, Claude Monet est entouré : dès la fin du mois de septembre il recrute Poly, alors jardinier de Peter Russel, pour l’aider à porter chevalets et palettes sur les sentiers abrupts de la côte sauvage. Une vraie amitié va naître entre eux :

 « Mon brave Poly, qui me regarde peindre avec admiration, était désolé de me voir y retoucher, prétendant que ce serait un crime de retoucher à d’aussi bonnes choses, qu’il défiait n’importe qui  d’en faire de pareilles et que c’était ce que j’avais fait de mieux ».

Un jour de trop mauvais temps, il fait « une pochade assez ressemblante » de Poly…Pochade qu’il gardera toute sa vie dans son atelier.

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Rochers à Goulphar

quand la petite histoire rejoint la grande !

Claude Monet va peindre une dizaine de fois Port Goulphar. Il crée la perspective car grâce aux couleurs chaudes du premier plan et froides du second plan. Il s’applique à reproduire la structure « physique » du rocher grâce à de petites touches de peinture, comme pour une sculpture. Il s’emploie également à utiliser le grain de la toile pour créer un effet de relief.

À la même période (fin novembre) il est attendu par son ami, Octave Mirbeau à Noirmoutier. Celui-ci, lassé d’attendre, rejoint Monet à Belle-Île et est frappé par son travail :

« Je suis allé passer 8 jours avec Monet à Belle-île…Il a fait de très grandes choses : ce sera une force nouvelle de son talent. Un Monet terrible, formidable ».

Gustave Geffroy est un critique d’art qui publie régulièrement ses papiers dans le journal « La Justice » que pilote Clémenceau.

En pleine crise politique, il part sur les traces d’Auguste Blanqui, exilé sur à Belle-île. Il va y rencontrer Claude Monet, à l’auberge Marec,  et une balade en charrette à La Pointe des Poulains va sceller leur amitié.

Monet lui offrira en 1900 le tableau « Rochers à Port Goulphar » quand Gustave Geffroy deviendra le biographe du grand peintre.

Balades et itinéraires

Sur les traces de Claude Monet